Federico Bahamontes a toujours préféré monter que descendre. « C’est comme ça je suis né grimpeur », s’excuse presque le premier vainqueur espagnol de la Grande Boucle. Dans un bon jour, ce coureur lunatique donne l’impression de caresser les pédales avec son allure de pantin désarticulé. Un jour oui, l’autre non, l’homme décontenance les suiveurs. Bahamontes s’arrête parfois au sommet d’un col pour avaler une glace avant la descente.

Drôle d’oiseau. Un oiseau qui va très vite gagner un surnom majestueux : « l’Aigle de Tolède ». Grimpeur ailé, il donne l’impression de se désintéresser du maillot jaune. L’affaire du Castillan c’est ce classement de la montagne qu’il remporte en 1954 et 1958. Bahamontes n’est jamais aussi heureux que lorsque le soleil l’accable et que les pourcentages des cols s’affolent. L’homme préfère d’ailleurs les pentes pyrénéennes, plus irrégulières et abruptes que les autoroutes des Alpes. « C’était mon territoire. Même sur le vélo, je regardais de chaque côté pour admirer le paysage », raconte
le vainqueur de l’étape de Luchon en 1958.


En 1959, la victoire ne peut échapper à l’équipe de France forte de ses Anquetil, Rivière, Bobet et Géminiani. Mais incapable de s’entendre, ce quatuor joue perdant et cherche surtout à empêcher Henri Anglade l’intrus de l’équipe Centre-Midi de gagner. «L’Aigle » force sa nature pour sauter sur l’occasion. Il déploie ses ailes lors du contre-la-monte en montée du Puy-de-Dôme. Par la suite, il scelle une alliance de grimpeurs avec Charly Gaul. Lors des étapes de Grenoble et du Val d’Aoste, les deux hommes unissent leurs forces. « On a beaucoup écrit qu’on était amis, c’est une idiotie. Ce n’est qu’après qu’on s’est rapprochés », précise celui qui arrive en jaune à Paris quelques jours plus tard. Bien avant les Delgado, Indurain ou Contador, l’Espagne lui réserve un accueil à la hauteur de la performance.


Mais Bahamontes reste Bahamontes. Un personnage versatile capable d’abandonner en 1960 dès la deuxième étape. Attendu par toute l’équipe d’Espagne après avoir cassé son vélo sur les routes de Belgique, le tenant du titre jette l’éponge à la consternation de ses équipiers. Mais quand la tête suit, l’Espagnol reste un escaladeur de premier plan. Malgré le poids des ans, il continue de franchir les cols en tête (41 fois, record absolu) et remporte par six fois le grand prix de la montagne. En 1964, il trouve en la personne de son compatriote Julio Jimenez un nouveau compagnon de chevauchée. Mais le dernier mot revient à l’aîné  du Tour qui monte sur la troisième marche du podium. Après un dernier abandon en 1965, Federico Bahamontes est définitivement redescendu. A son rythme  bien sûr.

Par Alexandre Pedro
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