« Je suis peut-être désavantagé par mon poids dans les côtes, mais peut-être que je suis avantagé dans les descentes » disait Eddy Merckx, à l’arrivée d’une étape à Avoriaz sur le Tour 1975. Presqu’à croire, à la vue de son immense palmarès, que le meilleur coureur (belge) de l’histoire n’a passé son temps qu’à descendre.  

Non. Le Belge avalait tous les terrains, ramassés sur son vélo, les coudes écartés et le déhanché puissant. Il a traversé en surdoué le monde amateur avant de s’accaparer une petite décennie du cyclisme professionnel mondial. S’il a d’abord nourri son appétit par les grandes classiques et le Tour d’Italie, Eddy Merckx commence à cannibaliser le Tour en 1969. Lors de la 17ème étape, le Cannibale défie le Tourmalet, une descente et 100 kilomètres jusqu’à Mourenx. Sans faire de détail, il assomme ses poursuivants par sept minutes d’avance et excite Léon Zitrone, qui s’excuse de « crier » devant la domination de Merckx. « Je ne peux m’empêcher de dire Bravo Merckx ! Bravo Merckx ! ». Une belle première rencontre avec le Tour. L’idylle durera six ans. Une sorte d’amour fusionnel qui laisse très peu de moments et de miettes pour les autres. Durant son règne, le patron n’aura été contesté qu’une seule fois. En 1971, Luis Ocana vole sur les routes françaises. « Il nous a tous matés comme des taureaux » disait Merckx dans les montagnes de l’hexagone. L’époque est aux gros écarts. Eddy perd 9 minutes. Mais Ocana chute et abandonne son maillot jaune à un Belge qui n’en demandait pas tant, sans démériter. Il s’était battu sur le plat, comme à Marseille où il gagne, même s’il a l’impression « d’avoir bossé pour rien », après 250 kilomètres d’échappée.  
Capable d’aller au-delà de la souffrance, comme sur cette victoire asphyxiante devant plus de 100 000 spectateurs, vers le Mont-Ventoux sur le Tour 1970, Eddy Merckx, malgré un évanouissement, dompte définitivement la légende du Tour en 1974, l’année de son 5ème sacre. Le genre de leader à respecter chaque étape avec zèle : 8 victoires étapes sur cette dernière édition victorieuse. Tous les reliefs ont été dominés, avec des écarts dans tous les sens : la montagne, les chronos ou le plat prestigieux vers le vélodrome de la Cipale. Il n’a pas lâché son leadership sur l’épreuve reine facilement. Au soir d’une étape douloureuse à Avoriaz, Merckx s’obstine courageusement : « J’ai beaucoup souffert. Je suis tombé la figure sur l’asphalte et avec le soleil, à un certain moment, je ne savais même plus où j’étais. J’étais en train de vomir, je crachais du sang et le médecin m’a conseillé d’arrêter. Mais ce n’est pas mon intention et je vais continuer jusqu’à  la fin, par n’importe quel moyen. Abandonner ce n’est pas dans mes habitudes, ce n’est pas dans mon caractère. Il faut savoir souffrir ». Bernard Thévenet, l’ancien enfant de chœur, sera le premier à tomber le Belge qui affronte le crépuscule de son déclin avec la fierté du champion : « Si moi j’en suis à la fin, alors je ne sais pas du tout où les autres en sont ».


Thévenet passera ensuite le témoin à un autre animal du vélo, Bernard Hinault.  
Ultra-dominateur sur cette première moitié des années 70, le Belge a évidemment été confronté à la thématique du dopage. La rançon inévitable de la gloire. Merckx s’en est toujours défendu, même s’il a pu lui arriver de dépanner, quelques fois, son urine à De Vlaeminck et vice-versa : « Quand on marche bien, la première chose qu’on dit c’est qu’il y a des secrets (médicaux). Moi,
je suis droit dans mes souliers. J’ai absolument rien à me reprocher. Si tout le monde faisait le métier comme je le faisais, beaucoup pourraient gagner ». Sur son deux-roues qu’on aurait pu croire à moteur, Merckx laissait le commentateur Daniel Pautrat dans l’indigestion admirative après une démonstration de force solitaire à Orléans en 1974 : «  Il n’a pas besoin de faire ça. Il donne une leçon à tous les coureurs qui ne savent pas prendre de risques. (…) On n’a jamais vu un vainqueur du Tour de France se lancer dans des exploits aussi gratuits que ceux-là ». Même si Bernard Thévenet l’estime « moins calculateur qu’un Anquetil », Eddy Merckx a pourtant toujours réfuté le caractère gratuit de ses envolées : « C’est pas un exploit gratuit. C’est payant puisque ça me rapporte plus d’une minute ici à Orléans. C’était pas prémédité. Ça a ralenti, il y avait un trou, alors je suis parti. Ils n’ont pas réussi à me rattraper ». Aussi simple que ça.
 

Par Ronan Boscher.
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